Un vent de liberté souffle sur les peuples avides de dignité. L'Orient et l'Occident se réveillent, Chine et pays de l'Est font craquer leur bastion politique dans le sang et l'angoisse des matins blêmes. Au XVIIle siècle, en Espagne, Francisco Goya, peintre de la Révolution et des petites gens, retrace dans des toiles au réalisme criant, les crises et bouleversements sociaux de son pays. L'art est un cheval de bataille qu'on enfourche pour dévoiler la cruauté humaine.

A la place du Parc, avec l'appui de la compagnie Crown-Vie qui prête ses locaux spacieux au Centre International d'art contemporain de Montréal, l'exposition itinérante Goya à Beijing organisée par le Docteur Pei Yuan Han, relate le drame de la place Tien an Men, le 4 juin 1989. Les œuvres d'artistes chinois, québécois, canadiens, américains et européens se lisent alors comme un vaste manifeste en faveur de cette soif absolue de démocratie qui abreuve les esprits de ses paroles vivifiantes. Combats contre l'armée, femmes en pleurs, étudiants aux mains nues deviennent les sujets de prédilection de Michael C. Wong et de Mike Glier. À côté de ces oeuvres, Dominique Blain a dressé un podium hérissé de micros, tapissé de photos noir et blanc dans lesquelles se presse une foule masculine à la bouche estompée par la main de l'artiste. Ici, l'homme est privé de paroles, acculé à l'oppression, assujetti au pouvoir. Nam June Paik vole cette parole pour la faire exploser dans une installation vidéo où de jeunes musiciens chinois entament un hymne à la liberté. Le son strident de la guitare électrique et les phrases qui apparaissent comme une bande annonce au bas de l'écran, se mélangent et se télescopent en un concert bruyant. Des appels au respect des valeurs humaines, qui résonnent encore dans notre tête lorsque nous approchons des oeuvres signalétiques de l'Américaine Jenny Holzer. Sept tableaux servent d'écrin à un texte qui exprime la douleur et la solitude des individus. Car la haine est aveuglante et terrifiante comme le serpent, symbole du mal et de la perversité, qui se love et se perd dans les feuillages bleuis de l’œuvre bifide de Jacques Monory. L'artiste joue avec les paraboles. Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur nos têtes? Cette épée de Damoclès suspendue sur nos vies? Pour ce corps meurtri que Betty Goodwin fait tomber dans une mare sanglante ? Pour les yeux bandés et les bouches tordues qui crient dans la toile de Leon Golub? Pour la langue pétrifiée dans le métal que Jana Sterbak pose sur une tablette transparente? Pour les lettres multicolores de Ken Lum qui composent les noms des êtres disparus et oubliés ? Peter Krausz prend de la cire d'abeille et plante dans cette matière enveloppante, une grande tige d'acier rouillé. Cette armé ouvre les blessures qui ne se referment jamais.

Goya à Beijing fait office de vases communicants à une autre exposition envoyée par The Los Angeles Municipal Art Gallery, Exclus, qui met en scène d'immenses photographies, illustrant la situation éprouvante des réfugiés dans le monde. Deux manifestations artistiques qui baignent constamment dans une ode célèbre de Paul Eluard: «Sur les images dorées, sur les armes des guerriers, sur la couronne des rois, j'écris ton nom... Liberté.»*

Jusqu'au 29 juillet
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